DIEU VOUS AIME

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PREFACE
 
Le livre est une recherche de l’amour dans un monde où il n’y en a plus. L’enjeu
 
est de savoir si l’on peut restaurer une relation humaine pour sauver ce monde.
 
L’originalité tient au héros JC SATAN qui est Dieu et Diable à la fois, à la
 
recherche du même amour. Qui triomphera ? Dieu ou le Diable ? Et l’amour ?
 
Va-t- il changer le monde ? Le héros romantique et idéaliste ne rencontre que des
 
consommatrices effrénées, des amazones féministes ou des séductrices
 
acharnées. Mais aucune femme d’amour car la femme a beaucoup changé.
 
La femme est obnubilée par sa sécurité et son autonomie. Elle veut gagner sa vie
 
toute seule, elle veut exister dans la société, elle mise sur le bonheur matériel et
 
la consommation. Elle aimerait une histoire d’amour bien sûr, et l’appui de
 
l’homme également. Mais ça ne marche pas, comme en témoigne l’explosion
 
monoparentale dans les écoles et la rupture des couples actuels.
 
L’amour, a quoi sert-il ?
 
L’amour sert à transmettre la vie. On se rencontre par l’attraction de nos
 
différences. On fait un enfant naturellement car il y a programmation biologique
 
chez la femme et désir masculin de faire une famille. On donne tout à un enfant
 
et on l’éduque dans l’amour pour qu’à son tour, il donne cet amour à ses futurs
 
enfants.
 
Aujourd’hui qu’en est-il ?
 
L’économie ne veut plus d’amour pour isoler les gens et mieux les manipuler.
 
La science ne veut plus d’amour et elle le remplacera par des machines. La
 
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rencontre se fera par informatique à ceci près qu’il s’agira d’accouplement des
 
ressemblances et non des différences. La procréation se fera par « fécondation in
 
vitro » et on n’aura plus besoin de l’autre, dans la perspective d’une procréation
 
individuelle. On s’occupera moins de l’enfant car on manquera de temps ou
 
d’envie. Le risque sera qu’il devienne un enfant de compagnie pour compenser
 
les vides affectifs et existentiels créés par la vie matérielle et technologique. La
 
femme sera-t- elle encore consciente qu’elle est garante de l’amour et de la
 
transmission de la vie ? Bien sûr d’aucuns avanceront que l’amour suffit au
 
bonheur sans qu’on ait envie de faire un enfant. Mais l’amour est une valeur
 
fragile, labile, non sécurisante et non maitrisable. On préfèrera des valeurs
 
sécurisantes comme le bien matériel ou la technologie. On risquera d’aller
 
chercher le bonheur là où il n’est pas.
 
 
 
 
 
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« Un jour tu vis, un jour tu meurs. Tu n’y peux rien. La science peut juste
 
changer les conditions de ta survie ou celles de ta mort. ». JC SATAN gisait sur
 
un fauteuil délabré de l’infirmerie, un cathéter rose planté dans une grosse veine
 
du pli du coude. Le sang carmin s’écoulait dans la tubulure. N’importe quel
 
vampire du coin s’en serait délecté. Mais il n’y avait pas de vampires par ici,
 
seulement un écran de télé qui montrait des cadavres, des tas de cadavres
 
amputés de bras, de jambes ou de tête dans des flaques de sang frais. On passait
 
en boucle un camion frigorifique blanc censé livrer de la glace, fonçant en fait
 
dans la foule amassée autour de chars de carnaval et écrasant sur son passage
 
femmes, enfants ou grands parents venus fêter Mardi Gras. La télé repassait sans
 
cesse des images effrayantes de membres voletant comme des papillons dans le
 
halo des éclairages des arbres. On aurait dit un va-et- vient continu de camions
 
entiers de cadavres jetés sur le bitume, sous les regards effarés, hagards et
 
traumatisés à jamais de centaines de femmes d’hommes et d’enfants. Un homme
 
se lamentait près du cadavre de son épouse recouverte d’un linceul blanc souillé
 
de confettis ensanglantés. « Ma femme elle est mort là, c’est le corps de ma
 
femme, mais mon fils il est pas là, où il est, il est pas là. ». On voyait en boucle
 
la fusillade qui arrêta le camion. On avait l’impression que les policiers se
 
tiraient dessus. Mais on ne vit pas le corps du conducteur. Les grosses têtes de
 
plâtre couraient en tous sens, se heurtant et enjambant des corps écrasés. « On a
 
trouvé un bébé mais on ne sait pas à qui il est » dit un pompier. Les gogos
 
survivants avaient l’indécence de filmer les cadavres et d’envoyer les images à
 
la télé. D’autres les dévalisaient sous l’œil hagard des policiers municipaux.
 
« Où étaient les forces de sécurité ? Un simple soldat avec un lance rocket
 
aurait pu arrêter le camion ! » vociférait un type à la dégaine de terroriste
 
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devant les caméras des chaines d’info. Toute la ville s’était rendue devant les
 
hôpitaux. « Il y a trop de donneurs de sang, constataient les toubibs, on est
 
débordés. ». Les psychologues se relayaient dans les cellules de crise. Ils
 
aidaient les traumatisés à sortir de leur confusion émotionnelle. Le président
 
s’était déplacé et déclarait « Le combat va être long, l’ennemi est partout, nous
 
devons déclarer l’union nationale ». L’opposition contestait déjà « Si tous les
 
moyens de sécurité avaient été pris, il n’y aurait jamais eu de drame ». La
 
capitale mit aussitôt les drapeaux en berne et organiserait une marche
 
silencieuse. Le deuil national fut décrété par le président. « Mais on ne peut pas
 
pleurer nos morts tous les mois » protesta un opposant important. « Je ne
 
m’attendais pas à autant de violence, j’ai été surpris par autant de barbarie
 
dans mon pays » déclara le premier ministre. Plus tard l’avocat du tueur répondit
 
aux journalistes « Mon client n’était pas un terroriste, mais un simple
 
délinquant ». Un voisin du camionneur fou expliquait qu’il ne faisait pas la
 
prière, ni le ramadan, qu’il faisait de la salsa, de la musculation et fréquentait les
 
gonzesses. Donc un mec normal. Et des centaines de cadavres et de blessés.
 
Etaient-ils morts pour rien à cause d’un déséquilibré déprimé ? Ou à cause d’une
 
gangrène souterraine laissant crever des milliers d’innocents alors que JC
 
donnait son sang sur un fauteuil délabré de l’infirmerie de la prison centrale ?
 
Etait-il un monstre au regard d’extraterrestre, hirsute, les bottes trouées, le jean
 
en lambeaux et un tee shirt rouge où était inscrit « LIFE IS OUT HERE ». JC
 
SATAN pensait que la société était une guerre de tranchées à jamais.
 
On reconduisit mon maitre dans sa cellule. Un lit trop étroit, une paillasse, deux
 
draps humides, un oreiller gonflable. Un coin lavabo sans glace, du savon en
 
morceau, une serviette moisie, deux robinets, un d’eau froide qui coulait goutte
 
à goutte et un autre d’eau chaude qui ne coulait plus. Une chiotte à la turque
 
avec une chasse suspendue. Une table et de quoi écrire sur du papier blanc, une
 
poubelle en plastique où JC entassait les boules de papier froissé. Des murs
 
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verdâtres souillés de graffitis. Un plafonnier en inox diffusant une lumière jaune
 
pâle, faiblarde et déprimante. Une télé où l’on diffusait en boucle les images du
 
drame et du timbré abattu. Des images de poussette et de chaussons. Une fillette
 
de douze ans tuée par balles. Le conducteur forcené n’avait pourtant qu’un petit
 
revolver 7.65. Et du sang, des mares de sang dans les têtes de ceux qui avaient
 
survécu. Les commentaires émettaient des doutes sur l’origine terroriste. Et
 
d’autres commentaires laissaient croire que n’importe quel déjanté dépressif
 
pouvait louer un camion et foncer dans la foule pour faire un carnage.
 
On avait mis JC SATAN en détention car on le soupçonnait d’avoir commis des
 
homicides répétés sur des femmes comme en témoignait un roman, une sorte de
 
journal, relatant ses exploits de sérial killer. Son avocate prétendait que JC avait
 
écrit ce livre pour se moquer de l’amour granguignolesque des hommes et des
 
femmes actuels et que l’on pouvait y voir la parodie d’un Don Quichotte
 
moderne au mysticisme suranné recherchant un amour absolu improbable.
 
Quant au titre « Au nom du diable, du vice et du mauvais esprit » il n’était que la
 
parodie d’une prière au Dieu Argent étouffant peu à peu toutes les religions et
 
les idéologies battues en brèche par la vie matérielle. L’avocate prétendait même
 
qu’il s’agissait d’une dérision romantique de lui-même, son seul but étant de
 
connaitre la femme absolue de ses rêves et d’avoir pourquoi pas un enfant d’elle.
 
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Mon maître JC SATAN avait perdu la mémoire après son accident dont il avait
 
survécu par miracle. Il ne se souvenait plus avoir occis des femmes par amour. Il
 
avait cherché une femme absolue toute sa vie pour connaitre cette étincelle
 
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émotionnelle que l’on nomme Amour. Il n’avait malheureusement rencontré que
 
des femmes vénales, des superwomen libres et sexuées, des mères déçues de
 
jardins publics, des reines de consommation abruties de séries, de Face Book et
 
d’Amazon, des prisonnières de pervers narcissiques, des tigresses abusant de
 
leur pouvoir sensuel, des mannequins de designers homophiles, des divorcées
 
abandonnées et leur kyrielle de marmots, des prédatrices de velours mais pas
 
une seule femme d’amour.
 
Mon maître écrivait des romans avec de la boue et du rêve. Il racontait des
 
histoires à dormir debout. Il osait tout, l’audace, la naïveté, il déviait du chemin
 
et se perdait tout en restant l’enfant qu’il n’avait jamais cessé d’être. Il gardait
 
ainsi son imaginaire infini, car il n’avait pas la notion de la mort. La vie n’avait
 
pour lui aucune limite et les histoires les plus idiotes se transformaient en
 
épopées oniriques.
 
J’étais là pour lui rappeler le chaos social dans lequel il vivait, ce monde en
 
survie totalement déjanté où l’on n’existait plus émotionnellement. Mais JC
 
SATAN ne me reconnaissait plus. Il récupérait peu à peu ses mécanismes de
 
survie mais n’avait plus sa conscience, un peu comme les gens d’aujourd’hui. Il
 
avait peur que l’amour disparaisse et que ce soit la fin des rapports humains. Il
 
écrivait des phrases comme des vidéo clips brulant les yeux du lecteur pour lui
 
créer un électrochoc. Son écriture crue et violente était à l’image de la crudité du
 
quotidien. Mais en même temps elle exprimait toute sa poésie, essentielle dans
 
la relation humaine et dans son identité émotionnelle. Il rebondissait sur chaque
 
facétie de la vie entrainant le lecteur sur des fausses pistes alors que la vie en
 
choisissait d’autres. Sa seule maitresse était sa liberté et la seule femme qu’il ait
 
aimée était celle qui lui ressemblait le plus.