CIEL....DIEU!

LE NOUVEAU ROMAN DE GILLES CHARPENTIER

 

 

DIEU  VOUS  AIME

 
 
 
 
 
 
                                                 
 
                                                   PREFACE 
 
 
Le livre est une recherche de l’amour dans un monde où il n’y en a plus. L’enjeu est de savoir si l’on peut restaurer une relation humaine pour sauver ce monde. L’originalité tient au héros JC SATAN qui est Dieu et Diable à la fois, à la recherche du même amour. Qui triomphera ? Dieu ou le Diable ? Et l’amour ? Va-t-il changer le monde ? Le héros romantique et idéaliste ne rencontre que des consommatrices effrénées, des amazones féministes ou des séductrices acharnées. Mais aucune femme d’amour car la femme a beaucoup changé.
La femme est obnubilée par sa sécurité et son autonomie. Elle veut gagner sa vie toute seule, elle veut exister dans la société, elle mise sur le bonheur matériel et la consommation. Elle aimerait une histoire d’amour bien sûr, et l’appui de l’homme également. Mais ça ne marche pas, comme en témoigne l’explosion monoparentale dans les écoles et la rupture des couples actuels.
 
L’amour, a quoi sert-il ?
L’amour sert à transmettre la vie. On se rencontre par l’attraction de nos différences. On fait un enfant naturellement car il y a programmation biologique chez la femme et désir masculin de faire une famille. On donne tout à un enfant et on l’éduque dans l’amour pour qu’à son tour, il donne cet amour à ses futurs enfants.
 
Aujourd’hui qu’en est-il ?
L’économie ne veut plus d’amour pour isoler les gens et mieux les manipuler. La science ne veut plus d’amour et elle le remplacera par des machines. La rencontre se fera par informatique à ceci près qu’il s’agira d’accouplement des ressemblances et non des différences. La procréation se fera par « fécondation in vitro » et on n’aura plus besoin de l’autre, dans la perspective d’une procréation individuelle. On s’occupera moins de l’enfant car on manquera de temps ou d’envie. Le risque sera qu’il devienne un enfant de compagnie pour compenser les vides affectifs et existentiels créés par la vie matérielle et technologique. La femme sera-t-elle encore consciente qu’elle est garante de l’amour et de la transmission de la vie ? Bien sûr d’aucuns avanceront que l’amour suffit au bonheur sans qu’on ait envie de faire un enfant. Mais l’amour est une valeur fragile, labile, non sécurisante et non maitrisable. On préfèrera des valeurs sécurisantes comme le bien matériel ou la technologie. On risquera d’aller chercher le bonheur là où il n’est pas.                                                         
 
 
 
 
 
 
 
 
                                                  
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« Un jour tu vis, un jour tu meurs. Tu n’y peux rien. La science peut juste changer les conditions de ta survie ou celles de ta mort. ». JC SATAN gisait sur un fauteuil délabré de l’infirmerie, un cathéter rose planté dans une grosse veine du pli du coude. Le sang carmin s’écoulait dans la tubulure. N’importe quel vampire du coin s’en serait délecté. Mais il n’y avait pas de vampires par ici, seulement un écran de télé qui montrait des cadavres, des tas de cadavres amputés de bras, de jambes ou de tête dans des flaques de sang frais. On passait en boucle un camion frigorifique blanc censé livrer de la glace, fonçant en fait dans la foule amassée autour de chars de carnaval et écrasant sur son passage femmes, enfants ou grands parents venus fêter Mardi Gras. La télé repassait sans cesse des images effrayantes de membres voletant comme des papillons dans le halo des éclairages des arbres. On aurait dit   un va-et-vient continu de camions entiers de cadavres jetés sur le bitume, sous les regards effarés, hagards et traumatisés à jamais de centaines de femmes d’hommes et d’enfants. Un homme se lamentait près du cadavre de son épouse recouverte d’un linceul blanc souillé de confettis ensanglantés. « Ma femme elle est mort là, c’est le corps de ma femme, mais mon fils il est pas là, où il est, il est pas là. ». On voyait en boucle la fusillade qui arrêta le camion. On avait l’impression que les policiers se tiraient dessus. Mais on ne vit pas le corps du conducteur. Les grosses têtes de plâtre couraient en tous sens, se heurtant et enjambant des corps écrasés. « On a trouvé un bébé mais on ne sait pas à qui il est » dit un pompier. Les gogos survivants avaient l’indécence de filmer les cadavres et d’envoyer les images à la télé. D’autres les dévalisaient sous l’œil hagard des policiers municipaux. « Où étaient les forces de sécurité ? Un simple soldat avec un lance rocket aurait pu arrêter le camion ! » vociférait un type à la dégaine de terroriste devant les caméras des chaines d’info. Toute la ville s’était rendue devant les hôpitaux. « Il y a trop de donneurs de sang, constataient les toubibs, on est débordés. ». Les psychologues se relayaient dans les cellules de crise. Ils aidaient les traumatisés à sortir de leur confusion émotionnelle. Le président s’était déplacé et déclarait « Le combat va être long, l’ennemi est partout, nous devons déclarer l’union nationale ». L’opposition contestait déjà « Si tous les moyens de sécurité avaient été pris, il n’y aurait jamais eu de drame ». La capitale mit aussitôt les drapeaux en berne et organiserait une marche silencieuse. Le deuil national fut décrété par le président. « Mais on ne peut pas pleurer nos morts tous les mois » protesta un opposant important. « Je ne m’attendais pas à autant de violence, j’ai été surpris par autant de barbarie dans mon pays » déclara le premier ministre. Plus tard l’avocat du tueur répondit aux journalistes « Mon client n’était pas un terroriste, mais un simple délinquant ». Un voisin du camionneur fou expliquait qu’il ne faisait pas la prière, ni le ramadan, qu’il faisait de la salsa, de la musculation et fréquentait les gonzesses. Donc un mec normal. Et des centaines de cadavres et de blessés. Etaient-ils morts pour rien à cause d’un déséquilibré déprimé ? Ou à cause d’une gangrène souterraine laissant crever des milliers d’innocents alors que JC donnait son sang sur un fauteuil délabré de l’infirmerie de la prison centrale ? Etait-il un monstre au regard d’extraterrestre, hirsute, les bottes trouées, le jean en lambeaux et un tee shirt rouge où était inscrit « LIFE IS OUT HERE ».  JC SATAN pensait que la société était une guerre de tranchées à jamais. 
On reconduisit mon maitre dans sa cellule. Un lit trop étroit, une paillasse, deux draps humides, un oreiller gonflable. Un coin lavabo sans glace, du savon en morceau, une serviette moisie, deux robinets, un d’eau froide qui coulait goutte à goutte et un autre d’eau chaude qui ne coulait plus. Une chiotte à la turque avec une chasse suspendue. Une table et de quoi écrire sur du papier blanc, une poubelle en plastique où JC entassait les boules de papier froissé. Des murs verdâtres souillés de graffitis. Un plafonnier en inox diffusant une lumière jaune pâle, faiblarde et déprimante. Une télé où l’on diffusait en boucle les images du drame et du timbré abattu. Des images de poussette et de chaussons. Une fillette de douze ans tuée par balles. Le conducteur forcené n’avait pourtant qu’un petit revolver 7.65. Et du sang, des mares de sang dans les têtes de ceux qui avaient survécu. Les commentaires émettaient des doutes sur l’origine terroriste. Et d’autres commentaires laissaient croire que n’importe quel déjanté dépressif pouvait louer un camion et foncer dans la foule pour faire un carnage.
On avait mis JC SATAN en détention car on le soupçonnait d’avoir commis des homicides répétés sur des femmes comme en témoignait un roman, une sorte de journal, relatant ses exploits de sérial killer. Son avocate prétendait que JC avait écrit ce livre pour se moquer de l’amour granguignolesque des hommes et des femmes actuels et que l’on pouvait y voir la parodie d’un Don Quichotte moderne au mysticisme suranné recherchant un amour absolu improbable. Quant au titre « Au nom du diable, du vice et du mauvais esprit » il n’était que la parodie d’une prière au Dieu Argent étouffant peu à peu toutes les religions et les idéologies battues en brèche par la vie matérielle. L’avocate prétendait même qu’il s’agissait d’une dérision romantique de lui-même, son seul but étant de connaitre la femme absolue de ses rêves et d’avoir pourquoi pas un enfant d’elle. 
 
 
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Mon maître JC SATAN avait perdu la mémoire après son accident dont il avait survécu par miracle. Il ne se souvenait plus avoir occis des femmes par amour. Il avait cherché une femme absolue toute sa vie pour connaitre cette étincelle émotionnelle que l’on nomme Amour. Il n’avait malheureusement rencontré que des femmes vénales, des superwomen libres et sexuées, des mères déçues de jardins publics, des reines de consommation abruties de séries, de Face Book et d’Amazon, des prisonnières de pervers narcissiques, des tigresses abusant de leur pouvoir sensuel, des mannequins de designers homophiles, des divorcées abandonnées et leur kyrielle de marmots, des prédatrices de velours mais pas une seule femme d’amour.
Mon maître écrivait des romans avec de la boue et du rêve. Il racontait des histoires à dormir debout. Il osait tout, l’audace, la naïveté, il déviait du chemin et se perdait tout en restant l’enfant qu’il n’avait jamais cessé d’être. Il gardait ainsi son imaginaire infini, car il n’avait pas la notion de la mort. La vie n’avait pour lui aucune limite et les histoires les plus idiotes se transformaient en épopées oniriques.
J’étais là pour lui rappeler le chaos social dans lequel il vivait, ce monde en survie totalement déjanté où l’on n’existait plus émotionnellement. Mais JC SATAN ne me reconnaissait plus. Il récupérait peu à peu ses mécanismes de survie mais n’avait plus sa conscience, un peu comme les gens d’aujourd’hui. Il avait peur que l’amour disparaisse et que ce soit la fin des rapports humains. Il écrivait des phrases comme des vidéo clips brulant les yeux du lecteur pour lui créer un électrochoc. Son écriture crue et violente était à l’image de la crudité du quotidien. Mais en même temps elle exprimait toute sa poésie, essentielle dans la relation humaine et dans son identité émotionnelle. Il rebondissait sur chaque facétie de la vie entrainant le lecteur sur des fausses pistes alors que la vie en choisissait d’autres. Sa seule maitresse était sa liberté et la seule femme qu’il ait aimée était celle qui lui ressemblait le plus.
Mon maître était entouré de gens perdus dans une jungle sociale, coupables de vieillir, d’être fauchés et de mal baiser, compensant leur néant par des rencontres sur le web ou par l’alcool, le sexe ou la drogue. Pourquoi l’homme n’était-il plus à la hauteur, pourquoi la femme n’avait-elle plus confiance en lui ? « L’homme est fort en se dépassant pour survivre et en donnant sa vie pour les siens » aurais-je voulu lui dire. « Mais l’homme est faible en même temps car sa fragilité crée l’empathie et la possibilité d’échanges avec les autres. Tout est question d’équilibre entre le dépassement de soi et l’amour de l’autre ». La femme avait beaucoup changé dans ce monde moderne déshumanisé, rationnel et matériel. « Avant elle aimait l’homme, aujourd’hui elle le consommait ! » aurais-je aimé lui dire aussi. On avait voulu faire croire à la femme que le social était plus important que l’humain. Et aujourd’hui on voyait l’amour s’éloigner en boitant. A l’époque c’est vrai l’amour décidait de tout, du sexe, de la carrière, de la sécurité et de la famille. Aujourd’hui la situation sociale, le travail et l’argent décidaient de la parité des taches, des plaisirs de la consommation, de la vie sexuelle, de l’avenir familial et des enfants. La femme avait-elle perdu son côté double face de douceur passive et de bestialité active ? En fait l’amour absolu lui appartenait. Elle avait le plus beau rôle qui lui fût permis de tenir, donner la vie et donner l’amour. Elle seule pouvait garantir la survie de l’humanité. Elle ne devait pas l’oublier.
Mon maitre aurait bien voulu jouer ce rôle ! Mais la femme pouvait réaliser ses rêves sans lui alors qu’il ne pouvait réaliser les siens sans elle. Il comprenait que le sexe ne la menait plus à l’amour mais à la consommation. Il comprenait que l’absolu de la femme était son enfant. Il comprenait que son obsession de sécurité et son excès d’individualisme dans la réalisation de sa carrière étaient uniquement en faveur de son enfant même si en s’isolant elle perdait l’amour de géniteurs potentiels. Elle pouvait désormais envisager de faire son enfant toute seule en congelant ses ovules, ce qui lui donnait le temps de traquer  le spermatozoïde salvateur. Le danger aurait été de faire son enfant pour combler un vide affectif et existentiel et de le transformer en enfant de compagnie. L’enfant à tout prix était aujourd’hui une problématique de bobos. Mais que se passerait-il quand le business s’emparerait du bébé de consommation ? Les téléphones portables étaient réservés aux riches à leurs débuts, mais aujourd’hui tout le monde était accro, les plus jeunes, les plus pauvres et les plus désespérés ! En fait aucune femme ne voulait faire d’enfant à mon maitre aujourd’hui.
 
 
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On vint chercher JC tôt le lendemain matin pour le transférer au centre hospitalier neuropsychiatrique. On avait besoin de sa cellule pour enfermer tous les timbrés et les givrés de la région susceptible de créer un attentat et de menacer la population. Il s’agissait bien sûr d’une intox politique pour faire croire que le pouvoir était à la hauteur de la situation. Qu’allait-on faire de JC ? Sa chambre n’était guère plus confortable que sa cellule mais les murs étaient blancs et diffusaient la lumière du jour. Il y avait de l’eau froide quand même et une chasse qui marchait. La télé n’était guère récente mais diffusait toujours les images du carnage, les témoignages des survivants et les appels désespérés des familles ne retrouvant pas les leurs. L’avocat du tueur était un usurpateur, il avait fait des déclarations factices pour se faire valoir à la télé. Les caméras étaient aux portes des hôpitaux et faisaient le compte des morts et des blessés en réanimation. Une femme rapportait qu’un enfant perdu de cinq ans lui avait demandé « Madame, c’est maintenant que je vais mourir ? ». On montrait en boucle un père de famille héroïque en scooter qui s’était accroché au camion pour l’arrêter. Le tueur avait tiré sur lui mais la balle n’était pas partie puis la police avait canardé le chauffeur. Pas mal de corps n’avaient pas encore été identifiés, ils ne ressemblaient à plus rien et la recherche d’ADN était longue. Pendant ce temps-là les politiques s’écharpaient indécents sur les responsabilités de chacun. Ils ne feraient pas revivre les morts mais anticipaient déjà sur ceux du prochain attentat.
Les jours passèrent, JC s’ennuyait. Il passait ses journées à contempler un grille-moustiques qui attirait les mouches et les papillons en tout genre par deux tubes néon de lumière bleue. Il pensait aux débris du carnage. Une grille électrique les piégeait et ils s’électrocutaient dans un bruit horrible de scratch lui faisant penser à d’autres morts tout aussi inhumaines. Néanmoins JC ne décollait pas de l’incinérateur à bestioles malgré le malaise qu’il ressentait. Il s’était remis à écrire pour retrouver ses neurones paralysés et silencieux mais il remplissait invariablement la poubelle de boules de papier froissé. Il avait le sentiment de revivre les mêmes moments où à l’époque il balançait ses boules de papier dans un panier de basket griffonné  sur le mur de sa piaule et où il comptabilisait ses statistiques comme un banal joueur de NBA. 
Une femme flic vint dans sa chambre pour interroger mon maitre. Elle lui fit penser à une bombe capiteuse qui ne lui était pas étrangère. De grandes boucles blondes, des yeux bleu-marine comme le détroit de Gibraltar et des jambes de libellule flirtant sur les étangs de Camargue au soleil couchant. Elle rabâchait sans cesse « Bon on recommence à zéro, nom, prénom, date de naissance ». La ville brûlait dans le bleu marine naissant. Les braises de la nuit pleuraient les amours déçues, les coïts interrompus et les sacs arrachés au coin des rues. Les travestis pieds nus gesticulaient des fesses dans le bruit mécanique des camions poubelles et le tintamarre des camions citerne. La lune mourait avec les étoiles décolorées, les putes poursuivaient leur ballet d’escarpins et les clochards pissaient dans les caniveaux. Voilà ce que JC aurait pu écrire pour la brancher et la faire rêver. « Bon on recommence à zéro, nom, prénom, date de naissance » répétait la fille au brun smoky sur les paupières et au mascara Curl Brushing d’Agnès B. « On a retrouvé chez vous un manuscrit - Au nom du diable, du vice et du mauvais esprit - ça vous dit quelque chose ? » JC se souvint alors de la peau de cette sirène blonde comme d’un écrin sauvé du naufrage de la folie. Il se souvint aussi de son corps enserré de chaines et de barbelés. Il se souvint enfin de son âme souillée de souvenirs sordides. Elle s’était levée puis avait marché face à la mer noire. Quand elle avait eu de l’eau à hauteur des seins, elle s’était allongée sur les flots et sa robe blanche avait disparu à l’horizon. JC avait pensé alors à Mickey et Mallory dans « Natural Born Killers » quand ils se marièrent sur le Rio Grande George Bridge et mêlèrent leur sang en scellant un pacte d’amour contre la terre entière . Le voile blanc de Mallory flotta longtemps dans le vide et se perdit comme une aile volante à l’infini. « L’amour tue le démon qui est en nous » avait dit Mickey. JC avait-il été aussi l’ennemi public numéro un ?
« Bon on recommence à zéro, nom, prénom, date de naissance. » JC avait l’impression de faire de grands pas dans sa mémoire. 
- Je suis né par erreur, balbutia-t-il. 
« C’est en sortant de l’église que vous vous êtes rendu au cimetière ? »
- Quelle église ? Quel cimetière ? Et pourquoi pas au Père Lachaise ? J’y ai un carré VIP. 
« On a retrouvé un manuscrit chez vous « Au nom du diable et du vice et du mauvais esprit, ça vous dit quelque chose ? »
- Ouais j’écris des bouquins. 
Des grilles épaisses obturaient des fenêtres d’un autre âge. Et il lui semblait reconnaitre une atroce odeur d’éther dans cette chambre. Que lui était-il arrivé ? 
« Vous décrivez des crimes de certaines femmes dans votre livre. Et toutes ces morts se sont réalisées. Etaient-elles donc préméditées ? »
- Il faut que vous regardiez Basic Instinct. Verhoeven vous donnera des idées, répondit JC étonné de sa mémoire cinéphilique.
« Bon on recommence à zéro, nom, prénom, date de naissance. » Sa bouche s’éclairait d’un rouge Cockney de chez Mac. Elle n’avait rien d’un flic lourdaud que JC aurait pu imaginer, les mâchoires serrées, le regard patibulaire enfoncé dans des poches de graisse, le nez épaté et violacé de l’éthyle chronique, des bourgeons d’acné fleurissant sur des bajoues cramoisies.  Non il aurait plutôt imaginé une sorte de Frankenstein allumant une gauloise bleue coincée entre des chicots cariés, puis faisant claquer un Zippo chromé d’un coup sec avant de lâcher son goudron dans une auréole digne d’un ange de l’enfer. Tout au contraire ses lèvres brulaient comme des fraises sanguinolentes et ses jambes de libellule flirtaient sur les étangs de Camargue au soleil couchant. Elle aurait pu être une femme absolue comme JC en avait toujours rêvée. « Bon on recommence à zéro, nom, prénom, date de naissance » répétait-elle inlassablement.
- Mais c’est toi Shanaya ?
« Bon on recommence à zéro, nom, prénom, date de naissance. » Cette fille ne pouvait être Shanaya car elle était morte. Peu importe. Elle galopait en lui et il cavalait après elle dans les matins bleuâtres quand les champs de blé frissonnent de plaisir aux premiers caprices du mistral.     
 
 
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Dans un premier temps, on proposa à JC des séances de stimulation électromagnétique cérébrale sur la région de l’hippocampe - C’est le centre de la mémoire chez tous les individus -. On lui demanda de visualiser des visages et de mémoriser en même temps des mots sans lien avec les images proposées. On bombarda sa cervelle de micro-ondes proches de la résonance de l'eau. On espérait améliorer sa mémoire par électrostimulation. Les résultats furent décevants. JC restait dans son brouillard cognitif sans pouvoir trouver de lien avec les éléments de son bouquin, d’autant que personne ne pouvait certifier qu’il avait utilisé des détails autobiographiques pour écrire ce roman.
On lui proposa alors l’implantation chirurgicale d’électrodes dans son cerveau, la zone à stimuler étant très petite mais très bien localisée par un robot chirurgical. On devait lui envoyer des ondes de haute fréquence dans les zones sensibles soit pour les activer soit pour les inhiber. On ne devait endormir que son cuir chevelu, le cerveau lui-même ne présentant pas de récepteurs de la douleur. Sa participation pendant l’intervention était essentielle pour évaluer son ressenti. Le robot calculait la trajectoire de l’électrode vers la cible de façon extrêmement précise. La microélectrode était placée dix microns par dix microns pour atteindre sa cible. JC bien conscient devait répondre aux ordres lors d’une multitude de tests, alors que le neurochirurgien envoyait un courant continu dans la microélectrode, milliampère par milliampère jusqu’à la fréquence optimale sans créer de désagréments. Les électrodes étaient alors reliées à un boitier placé sous la clavicule.  L’intervention dura dix heures. On lui avait promis de traiter ses troubles obsessionnels compulsifs. Il avait en effet une addiction spécifique pour les culottes bleues mais sans doute aussi pour d’autres manies. Il avait entre autres un comportement tendancieux vis-à-vis de la femme et de la société. Ces électrodes pourraient corriger ce comportement, normaliser ses pulsions et modifier ses variations d’humeur. JC pourrait devenir ainsi un cerveau-machine réglable en fonction des circonstances de sa vie. 
Le premier effet obtenu fut spectaculaire quand JC fit démarrer le boitier d’électrostimulation placé sous sa clavicule. Quand il tripota la télécommande, il me reconnut ! Moi son toucan qui partageais sa solitude et ses états d’âme, qui étais sa conscience et son ange gardien ! Tout jaune et noir vêtu, le bec en or et le col amidonné comme ceux de Lagerfeld. Moi qui faisais les yeux doux aux filles qu’il rencontrait avec mon air espiègle et effronté et ma façon particulière de tordre mon large cou blanc en feignant une hautaine indifférence. Malgré un ton cynique et malicieux, les filles m’appelaient « leur ange charmant » car j’avais une sensibilité féminine qui les troublait. JC me payait bien car il aimait ma langue bien pendue et arrogante dans cette volière sociale.
- Toucan Dieu soit béni ! Tu es vivant.
- Tu crois en Dieu maintenant ? haranguai-je impertinent.
- Ils m’ont mis du courant et il parait que ça change mon comportement. Je suis tellement heureux de te retrouver !
La chambre s’était illuminée de soleil, les fenêtres s’étaient ouvertes et laissaient passer les pollens et les senteurs du parc. L’odeur avait disparu. Les oiseaux curieux se faufilaient entre les grilles et venaient me saluer.
- Tu ne vas plus être SATAN ? dis-je taquin.
- Ils ont supprimé mon agressivité, parait-il. Mais il suffit que j’arrête le courant et je redeviens comme avant. Le problème est que je ne me souviens de rien depuis l’accident ! Il faut que tu m’aides à retrouver ma cervelle.
- Je ne sais pas si c’est ce que désirent tes médecins ou si c’est ce que je préfère. En quelque sorte tu es à ma merci, les rôles changent, mes émoluments aussi !
JC s’en fichait, il était heureux comme un enfant. C’était comme s’il avait retrouvé une partie de lui-même, cette partie irrationnelle qui n’appartenait qu’à lui. Celle que la société inquisitrice s’acharnait à faire disparaitre pour l’asservir et l’aliéner.
La femme de salle entra dans la chambre de JC avec son attirail de nettoyage. Elle passa l’aspirateur sous le lit, puis balança un sceau d’eau savonneuse sur le WC à la turque. Elle termina par le racleau et la serpillère, la blouse rose entrouverte à cause d’un bouton récalcitrant. Elle prenait un malin plaisir à prolonger ses services. Peut-être n’était-elle pas indifférente au charme de JC à moins que ce ne fût au mien. Quand elle se penchait JC apercevait son nylon bleu phosphorescent qui lui faisait penser à une fille encore floue dans sa mémoire. Une fille blonde comme cette femme de ménage qui assortissait ses ongles au bleu phosphorescent de son entrejambe.
- Vous êtes fiancée ?  demanda JC
- Non mon mari est mort.
- Je suis désolé…et vous avez cherché quelqu’un ?
- C’est très difficile aujourd’hui de trouver un homme libre, quand on a déjà deux enfants en bas âge.
- Et vous avez cherché sur internet ? avançai-je prudent.
- Oui mais vous ne trouvez que des aventures ou des gens qui vous ressemblent. Moi j’aime me laisser guider par mon instinct et le hasard. Aujourd'hui on vit dans une société où tout est prévu et organisé. C’est une course au paraître pour combler ses manques. Alors on consomme sur internet et on compense. Ce n’est pas ce que je veux montrer à mes enfants.
- Vous avez toujours fait ce boulot ?
- Non j’étais prof avant la mort de mon mari.
Je pensai à Casanova pour qui mon maître avait beaucoup d’admiration. Il n’abandonnait jamais les femmes qu’il aimait. Il se faisait un honneur de toujours leur trouver un bon parti. Nos époques étaient-elles si différentes ?
Une femme grande et élancée entra dans la chambre. Elle avait de grands cheveux rouges tombant en méandres indolentes sur des reins vigoureux. Elle aussi ressemblait à une ancienne connaissance de JC, mais elle aussi semblait si lointaine dans sa mémoire. Sa chevelure flamboyante brulait à la lumière du soir filtrant à travers les grilles de la fenêtre. Des yeux émeraude éclairaient son visage d’une compassion gourmande. Une bouche écarlate peinte de pigments aphrodisiaques. Une silhouette féline suggérant des cavalcades tumultueuses. JC pensait qu’elle avait des ailes d’ange. Mon maitre était un beau mec quand même. Les yeux clairs comme le désert. Une bouche épaisse, craquelée de soleil. De minuscules rides au coin des paupières comme si le temps n’avait pas de prise sur lui. Des cicatrices bien en place. Une gueule douce et rugueuse à la fois. Des pectoraux de catcheur et des cuisses de taureau. De quoi faire le bonheur de n’importe quelle aventurière. 
La rousse le dévisagea le minois effronté. Elle aurait pu se lever et chanter « Put the blame on mam ». Elle retira lentement un de ses gants noirs, puis l’autre et lui tendit la main. Elle aurait pu chanter alors « Why don’t you do right », la bouche délicatement posée sur sa joue.
- Je m’appelle Gilda, je suis votre psychologue.
- Enchanté Gilda. Moi je ne peux pas vous dire exactement qui je suis ! On m’appelle JC. Asseyez-vous.
Elle s’assit sur le bord du lit croisant délicieusement ses genoux. Je n’en perdis pas une miette et fis valoir mon plumage majestueux.
- Quel bel oiseau vous avez là !
- Il est très espiègle, il faut s’en méfier. J’aimerais vous offrir un verre, mais il n’y a rien à boire dans cette chambre.
- Cela ne fait rien. Je ne bois jamais. Vous savez que l’on essaie de vous faire retrouver votre mémoire. 
- Oui je sais, ça a l’air de marcher car j’ai reconnu mon toucan. C’est mon ange gardien !
- C’est vrai, il est charmant. Pourriez-vous lire attentivement ce texte JC. 
- Ce texte ?
- Oui prenez votre temps.
 
« La société nous fait croire au risque zéro et à terme nous impose le clonage  de l’être parfait. Elle nous mène là où elle veut nous interdire d’exister. Vivre seul ? Mais n’est-on pas certain de devenir fou en s’isolant des autres ? Les échanges d’idées sont indispensables à notre imaginaire. L’homme est devenu un polichinelle désarticulé sans plafond ni plancher qui pianote sur des boutons. Nous sommes une véritable armée de pantins de société, d’esclaves modernes et de clones sociaux. On a tissé autour de nous un treillis de certitudes. On s’achète, on se consomme et on se jette. Au service de qui ? Que reste-t-il à l’individu de sa liberté de créer, d’aimer et de déféquer ?
L’amour pourrait nous éviter de devenir fous alors que la raison nous mène à l’asile. Mais l’homme et la femme n’ont plus rien à faire ensemble. Le pouvoir de la société utilise un certain nombre de moyens tels que la science et la technologie d’une part, le stress et la peur de l’autre pour nous convaincre de ce constat dans notre quotidien. La science et la technologie effacent l’amour dans nos rencontres et dans la procréation. Le stress et la peur nous convainquent de la nécessité de survivre au détriment d’exister. Notre survie dépend de l’approche du risque zéro et de la promotion de l’être parfait. Le paradoxe est que la société nous interdit d’exister tout en nous faisant croire que nous servons à quelque chose grâce à d’autres carottes telles l’argent, le sexe ou la jeunesse. Que reste-t-il de tout ça ? Un fossé grandissant entre l’homme et la femme qui risque demain de justifier la réussite de nos rencontres technologiques et de notre procréation artificielle. Que restera-t-il de nos rêves ? La folie. Mais la vraie folie n’est-elle pas cette lumière chevauchant la seconde qui passe après laquelle nous partons au galop pour oublier que demain nous allons mourir.
 
 
 
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Vu son bon comportement JC avait le droit de prendre ses repas au réfectoire de l’asile avec d’autres doux dingues. Sa mémoire flottait entre réel et irréel. Il avait l’impression d’avoir eu une vie de pitbull mais était désormais doux comme un agneau. Son attitude était exemplaire vis-à-vis des autres pensionnaires. Il y avait Simon un grand mec tout maigre, dégingandé, le thorax transparent, en fait un phobique social qui refusait les règles. C’était le propre des surdoués que de refuser les règles lui avait-on dit quand il était enfant, mais il n’avait pas grandi et était resté agoraphobe. Naturiste et toujours nu il faisait le flamant rose dès le lever du jour en équilibre sur une jambe, l’autre nouée autour du cou. Il passait le plus clair de son temps à l’infirmerie à force de manger des racines, des radis noirs, du ginseng, du gingembre et toutes sortes de végétaux que lui envoyaient ses admiratrices bio.
- Pourquoi tu as balancé Klebsiella aux piranhas ? demanda Simon à JC.
- Tu es complètement givré. Qui est Klebsiella ?
- C’est une fille de ton bouquin qui a terminé dans les poissons.
Dans les chambres voisines il y avait Albert le black et plumes de paon un travesti indien. Ils jouaient leurs parties de fesses aux dés. L’indien barbouillait son slip de rouge à lèvres carmin et se prenait pour Ariella Dombaldi une philosophe mexicaine. Albert était un dealer qui avait mal tourné, casquette jaune vissée de côté, écharpe rouge, pompes vertes et tee- shirt « Just do me ».  Il avait émasculé un de ses revendeurs qui l’avait doublé. 
- Le problème d’la pure, disait-il, c’est la dose. Si tu en prends très peu elle t’ouvre l’esprit. Je te fais rigoler pendant deux heures. Si tu en prends trop, tu décolles et c’est fini, tu maitrises plus. 
- Ce qui marche le mieux c’est de mélanger avec de la poudre de bois de cerf, répondit l’exotique en dépliant son derrière en plumes. Un jour je me suis transformé en dinosaure. Je sentais des arêtes pousser dans mon dos. J’avais une trique préhistorique.
« Quel beau plumage » pensai-je. Mais je n’avais pas de tendance homo. JC très concentré écoutait la déclamation théâtrale d’Ariella Dombaldi.
- Ce qui compte dans ta vie, c’est ton âme. L’homme n’existe que dans son inconscient. Manger, boire, dormir ou baiser ne sont qu’une logique de survie. Les machines savent le faire à ta place. Ce n’est pas ton QI qui fait la différence, mais ton Q émotionnel. Il n’y a que les émotions qui comptent, le reste est de l’égoïsme et de la manipulation. Deviner, anticiper, avoir l’intuition que l’autre sera sensible à telle atmosphère, telle musique ou telle spiritualité n’appartient qu’à ton inconscient.
 
En fait la Dombaldi ignorait que le prix Nobel Edelman avait montré l’origine biologique de la conscience.
- Il ne s’agit que d’une sécrétion de dopamine entre des milliards de neurones, affirmai-je redondant ! Et la dopamine est comme la cocaïne. On devient accro et on téléphone cinquante fois par jour à sa nana, puis on débarque dans cet asile ! 
Simon s’étonnait d’avoir des malaises au moment de l’orgasme. Cela venait-il de sa diététique végétarienne ?
- Hé tu douilles ma couille, balança le black. Tu étales ton âme comme de la confiote connard, tu devrais boire d’la gnole et prendre du bois bandé.
Zaza, une vieille tante posée sur le buffet, trottinait dans la vide. Elle avait du kilométrage et l’Alzheimer, à la recherche de sa jeunesse oubliée. Max le fakir, un ancien champion cycliste avait tout essayé, les amphètes, la cortisone, l’épo et les transfusions sanguines mélangées à la coke. Il avait terminé comme sexopathe professionnel dans des pornos avec Rico Siffredo. Dali et Warhol donnaient un coup de main en cuisine. Ils se chamaillaient tout le temps. L’un aimait la paella, l’autre préférait les spaghettis. Leur blague habituelle était de glisser un préservatif dans les plats. Celui qui le trouvait était couronné et avait les faveurs de Zaza. Bill n’écoutait pas la conversation. Il était assis dans un coin contre le mur, les coudes sur les genoux. Il fumait de la peau de crapaud. L’infirmier chef c’était Jacques, ils l’appelaient le sumo à cause de ses cent trente kilos. Stature immense, cheveux gominés à la Carlos Gardel, boudiné dans sa blouse blanche trop étriquée, les pieds à l’air dans des sabots à trous, il aimait raconter des histoires débiles. Sa préférée ? « Comment s’appelle le sexe d’une rousse pendant les règles ? Une colombe. Pourquoi ? Parce que le roucoule ». Les jours de visite les nanas hystéro-maniaques affluaient. Celles de Simon apportaient de l’herbe qu’elles faisaient pousser dans leur jardin. Une transsexuelle fellinienne cachait un python libidineux dans son sac et fournissait de la poudre de bois de cerf à l’indien. Deux prostituées noires en panties fluo orange et violet approvisionnaient Albert. Elles chaloupaient autour de leur mac en escarpins élimés et allumaient Dali et Warhol. Gisèle une soprano d’opérette massait les jambes arthritiques de Max le fakir.
- J’ai des problèmes de poids, dit la chanteuse. J’ai tout essayé.
- Tu partages tout en trois et tu jettes le quart, c’est ce que m’a dit mon toubib, calcula la potiche au boa.
- Si je maigris trop vite, ma voix change. 
- Normal, affirmai-je d’un ton doctoral. Les hormones masculines se transforment en hormones féminines chez les grosses et ta voix est plus belle. 
- Alors il faut que je choisisse entre maigrir ou chanter !
Une véritable taule story. Toute une pléiade de mecs en dehors du coup entourait JC, des résidus de société, des drogués, des voyous, des pervers sexuels ou des éleveurs de toucans On aperçut même Laureen à la recherche d’Humphrey, un acteur qui souffrait aussi d’Alzheimer.
- Toujours heureuse ? dit Humphrey.
- A votre avis, répondit Laureen.
- Le succès est un orgasme, mais que dire de l’échec, clama Ariella Dombaldi.
- L’échec c’est deux rails de poudre qui ne se rejoignent jamais, conclut Warhol.
- C’est analogistique, affirma Dali.
- Il n’est rien de plus excitant que de vivre ses interdits dans la cruauté, reprit la Dombaldi.
- C’est extracataclysmique, affirma Dali.
Personne ne venait visiter JC Satan. Simon le flamant rose pensait qu’il avait occis toutes ses compagnes comme il le racontait dans son roman. Cette hypothèse n’effleurait même pas l’esprit de JC tant il était devenu un personnage doux et sociable. Une aveugle s’assit à ses côtés en tâtonnant le dos du siège. Son labrador retriever s’allongea sagement sous la table. Elle entortilla le pied de sa chaise avec la laisse du chien reliée lâchement à un collier d’acier. La cuisinière apporta une carafe d’eau sur la table et un verre incassable ainsi que des couverts en plastique. Elle enleva son pull méthodiquement par de petits gestes réguliers, le regard tourné vers une ligne d’horizon bien au-delà des murs du réfectoire. Elle approcha sa main gauche du verre, puis sa main droite de la carafe sans hésiter. JC attendait avec malice qu’elle renversât de l’eau en remplissant son verre. Mais pas du tout. Elle s’arrêta à ras bord, puis approcha lentement le verre à sa bouche sans aucun  tremblement. Elle but lentement à petites gorgées, sans renverser la moindre goutte. Stupéfiant ! JC ne ratait aucun de ses gestes, persuadé qu’elle ne s’en rendait pas compte. Elle n’était surement pas dupe et continuait lentement son ballet de gestes ralentis. Elle sortit alors son smartphone et ses écouteurs emmêlés. JC était persuadé qu’elle n’arriverait pas à dénouer cet embrouillamini car lui-même n’y serait jamais arrivé. Avec de petits gestes doux et réguliers, l’aveugle démêla sans difficulté la pelote d’écouteurs. Comment allait-elle trouver le petit trou de branchement dans l’appareil ? Là non plus aucune hésitation. Elle n’éprouva aucune difficulté à connecter l’électrode à l’appareil. Tout en regardant l’infini devant elle, elle choisit sa musique avec une dextérité de gamin à qui vous confiez une tablette de jeux. Elle fut alors apaisée et se resservit un verre d’eau. La cuisinière lui apporta un plat de curry partagé en trois compartiments. Un pour le riz, un pour la viande et un autre pour les légumes. Comment allait-elle mélanger le riz, la viande et les légumes ? Elle saisit le demi-citron et le pressa sur le riz. Allait-elle se tromper de compartiment ? Et bien non. Elle mélangea un morceau de viande épicée avec une fourchette de riz blanc. Elle piqua dans les légumes au hasard en ne regardant jamais ce qu’elle faisait. Elle ne donna rien au chien. JC trouva s’en étonna. Peut-être n’aimait-il pas les épices ?
Elle était blonde, mal coiffée, la coupe au carré, non maquillée et boudinée dans ses vêtements. Elle posa la main droite sur sa  hanche épaisse et but de la main gauche avec un aplomb affirmé. Etait-ce à cause de la musique dans les oreilles ou le fait qu’elle fût aveugle ? Elle parlait maintenant toute seule, puis à son chien sous la table, puis au micro accroché à ses fils d’écouteurs. Elle avait quelqu’un en ligne et tripatouilla le micro. Elle posa ses couverts correctement de chaque côté du plat, saisit une galette de pain et la trempa dans la sauce. Allait-elle rater sa bouche et souiller son tee shirt blanc ? Pas du tout. Elle parlait tout en mangeant. JC eu de la tendresse pour cette femme à la taille épaisse, au bidon assorti sur lequel deux gros seins se posaient. Son jean troué moulait avantageusement un postérieur bombé et proéminent. Les espadrilles bleues révélaient le laisser aller de la mode d’aujourd’hui. Le labrador attendait paisiblement que sa maitresse eut fini. Elle piqua sa fourchette dans le plat presque vide tout en parlant au moineau qui picorait les derniers grains de riz de son assiette. JC trouvait cool que les moineaux puissent entrer par les fenêtres ouvertes du réfectoire. Elle mit ses doigts dans la sauce et les lécha pour ne rien perdre des épices, la gourmande ! Elle saisit une serviette en papier dans la boite à essuie-main. Extraordinaire ! Etait-elle vraiment aveugle ? Elle s’essuya les mains avec des gestes lents, décomposés mais harmonieux. Elle se servit un dernier verre d’eau pour faire passer la brûlure des épices et toujours sans aucune hésitation. C’était incroyable. Mais peut-être, pensai-je, avait-elle fait appareiller une rétine artificielle Google ?
Certains doux dingues avaient terminé de déjeuner et partirent sans le moindre regard pour l’aveugle, chacun dans ses neurones barbelés. Elle enleva ses écouteurs. Elle avait mangé tout le plat et bu toute la carafe. Les moineaux s’envolèrent, le labrador retriever se releva, la fille aussi en nouant son pull autour de la taille Elle plaça un harnais autour du cou du chien, saisit sa laisse et le suivit. D’autres doux dingues s’assirent autour de JC. Il remarqua qu’ils étaient très maladroits malgré le fait de scruter  tous leurs gestes. Ils s’amusaient à se prendre en selfie. JC se leva et s’affala maladroitement au pied de ces bagnards en tee shirts souillés et jeans délabrés. Ils ne manquèrent pas de prendre une photo de son postérieur avec leur smartphone et de l’envoyer aussitôt sur les réseaux sociaux. 
JC se releva et appela l’aveugle qui était déjà loin. Il lui cria de l’attendre et se précipita vers elle. La respiration haletante il lui dit qu’elle n’avait plus besoin de son labrador et que désormais elle verrait comme tout le monde. Tous ces bagnards de l’asile accoururent curieux et moqueurs. La fille libéra son chien et s’aperçut qu’elle voyait très bien autour d’elle. Les doux dingues n’en croyaient pas leurs yeux. « C’est un miracle j’y vois, j’y vois, c’est un miracle ». C’était le premier miracle que JC venait de réaliser. Dès lors il fut considéré comme un dieu dans l’asile. Il fut vénéré par une cour de fous qui l’entourèrent et l’accompagnèrent dans tous ses faits et gestes malgré les interdictions du personnel infirmier et du directeur de l’asile. Les jours de visite les compagnes de ses confrères psychiatriques fondirent d’admiration pour lui et lui demandèrent dix mille petits services. « Comment pourrais-je faire un enfant avec Simon ? Pourrais-tu supprimer ses malaises quand il me fait l’amour ? demanda la fiancée du flamant rose. Comment pourrais-je donner de la poudre de poids de serf à mon python pour qu’il ne me viole pas sans cesse ? demanda la transsexuelle fellinienne. Pourrais-tu demander à Albert de nous épouser ? demandèrent les prostituées noires en panties fluo. Pourrais-je maigrir définitivement ? demanda Gisèle, et garder ma voix à jamais ? ». Max le fakir ne demanda rien. Le sumo était très fâché que plus personne n’écoutât ses blagues lourdingues. Bill fumait sa peau de crapaud sans porter la moindre attention à l’effervescence qui régnait autour de lui. Dali et Warhol s’adonnaient à la course aux rails de coke. Zaza tapait fort dans ses mains car elle aurait voulu redevenir jeune et belle comme au temps où l’Alzheimer n’existait pas. Tous ces mecs hors du coup, les résidus de société, les drogués, les voyous, les pervers sexuels étaient devenus les apôtres de JC. On aperçut même Laureen lui demandant où pouvait bien se trouver Humphrey ! Une ambulance de la Croix-Rouge surgit alors dans la cour de l’asile. Les infirmiers accoururent et les brancardiers transportèrent un malade agité, les chevilles et les poignets attachés. Il vociférait et ordonnait qu’on lui desserrât ses liens et qu’on lui laissât la liberté d’en finir. On l’amena dans le service d’urgence ou de nouveaux médecins s’affairèrent autour de lui avant de l’enfermer en secteur d’isolement à haut risque. On apprit qu’il avait été victime d’un nouveau carnage dans la ville et qu’il avait perdu tous les membres de sa famille, sa femme, ses enfants et ses parents. Quelques jours plus tard les médecins demandèrent conseil à JC sur le cas de ce malade dont le comportement tout à fait particulier ne pouvait s’expliquer que par l’extravagance du drame qu’il venait de vivre. JC essaya d’approcher le patient accompagné de plusieurs médecins. Il constata que cet être vivant était devenu un animal sans âme et que son esprit avait probablement disparu avec la mort des siens et qu’ainsi on ne pouvait rien faire pour lui.
 
 
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La télévision organisa une interview de JC à l’asile. Trois camions gris de canal 28 envahirent la cour principale accompagnés de 6 motos de CRS. De grands costauds débarquèrent d’innombrables caisses métalliques et une multitude sacs bariolés. Ils déballèrent des projecteurs, des sunlights, des câbles, des haut-parleurs, des micros, des ventilateurs, des amplificateurs, des caméras, des perches, de la mousse pour recouvrir les micros, des dépliants en toile, du matériel de maquillage, des bouteilles d’eau et de Coca-Cola. Une grande fille blonde s’agitait au milieu de la cour vérifiant l’intégrité du matériel et cochant sa check-list au fur et à mesure de l’ouverture des caisses. Elle était perchée sur des escarpins noirs de quinze, mettant en valeur une silhouette de danseuse étoile qu’éclairait un large sourire thaï entre deux pommettes de Mongolie et deux saphirs birmans. Elle donnait des ordres en plusieurs langues avec charme et autorité à la fois. La maquilleuse lui demanda de trouver sa caisse de maquillage. Du camion de la régie un homme descendit furieux, haranguant de jeunes assistants. C’était le réalisateur de l’émission. « C’est un asile de fous ici » lança-il à la cantonade.
La grande blonde vint à sa rencontre une tablette à la main et le rassura avec son sourire informatique. Les assistants transportèrent les appareils d’éclairage et du son dans le réfectoire de l’asile. Les plafonds, murs et sols étaient en béton blanc chirurgical. La maquilleuse utilisa la cuisine et déballa ses poudres, pinceaux, crayons, faux cils, rouge à lèvres, fards à paupières, mascara, eye-liner, crayon blanc et crayon noir, curl brushing, peigne chauffant, crèmes et blush. Les assistants installèrent des chaises dans le réfectoire pour les doux dingues qui feraient l’animation. La maquilleuse choisit quelques jeunes femmes employées de l’établissement pour les maquiller et les mettre au premier rang afin de donner bonne mine au public. Elles n’étaient pas très jolies mais le maquillage faisait d’elles des stars. Les sunlights créaient une atmosphère surchauffée. Les collègues de JC étaient particulièrement émoustillés par la blondeur d’Asie aux yeux saphir qui martelait le béton de ses talons acérés. Le directeur de l’asile et les infirmiers étaient présents ainsi que le personnel de sécurité. On remarqua à l’extérieur un camion de CRS au cas où la situation s’envenimerait. Un mec arriva en trombe dans l’allée centrale au volant d’une BMW de forte cylindrée. Un camion du staff le gênait pour garer son bolide. Il se mit à hurler au milieu de la voie comme un pantin désarticulé. « C’est un scandale ! Si vous n’enlevez pas votre camion, je ne ferau pas votre émission. Je ne vous le dirai pas deux fois ». Le clown continua à gueuler dans son verre d’eau et tordit les essuies glace du véhicule gênant. L’assistant bougon accepta de bouger son camion car il ne pouvait faire autrement. Hors de lui il emboutit la BMW, ce qui déclencha le fou rire les doux dingues de l’asile. « Hallucinantes l’agressivité et la connerie des gens dès qu’ils n’ont pas deux sous de jugeote ! » déclama Simon le flamant rose. 
La brute claqua la porte, salua brièvement le réalisateur et se précipita dans la cuisine pour son maquillage. La fille le badigeonna en rose saumon jusqu’à la culotte, sur fond de chemise bleue et cravate rouge. Elle arrangea sa mèche et le poudra pour éviter les effets de brillance des projecteurs. Un mec énorme, cervelle rasée de près, chemise ouverte sur des boucles poilues collées à un ombilic grassouillet vint chercher le présentateur et l’accompagna sur le plateau improvisé du talkshow. L’anxieux sortit des feuilles chiffonnées où étaient gribouillées les questions les plus débiles de journalistes anencéphales en équilibre permanent sur l’audience. Pas un regard vers mon maitre JC. Pas un mot à son encontre. La morgue médiatique pouvait-elle expliquer ce manque d’éducation ? L’animateur dans tous ses états hurlait après la maquilleuse pour des traces de fond de teint sur sa chemise, criait après la script blonde pour avoir mélangé ses fiches, vociférait après la sécurité pour ne pas avoir rangé le public comme il le souhaitait : les jolies brunes au-dessus de son épaule dans le champ de la caméra de droite et les jolies blondes au-dessus de sa tête dans le champ de la caméra de face. Les techniciens s’emmêlaient les pinceaux dans les câbles, les projecteurs dégageaient une chaleur étouffante, le public de l’asile s’impatientait, un imbroglio de déjantés mélangés aux employées de cuisine, infirmiers, aides-soignantes, filles de salle ou brancardiers. Le présentateur répéta sa première question vers les caméras, choisit son meilleur profil et vérifia les incidences d’éclairage. Un essai de micro ne fut pas satisfaisant. La blondeur d’Asie lui accrocha finalement deux micros sous les revers de sa veste et une oreillette au contact de son tympan droit. Les essais de son étaient OK, confirma le haut-parleur de la régie. Ce fut au tour de JC d’être badigeonné et poudré selon les caprices de la maquilleuse. Mon maitre but un verre d’eau et était désormais prêt à affronter les questions de ce sauvage.
- Soyez détendu, aimable et drôle, et regardez la caméra, dit le chef de plateau. 
- Tu es plutôt du genre coincé cynique et désabusé, dis-je à mon maitre, un rien chambreur.
- OK on y va ? 
Le silence se fit dans le réfectoire. Ils étaient tous là en rang d’oignons. Le flamant rose, Albert le black et plumes de paon en Ariella Dombaldi.  Albert fumait un joint la casquette jaune de côté, l’écharpe rouge et les pompes assorties et son tee-shirt « Just do me ».  L’indien avait sa poudre de bois de cerf. Il avait vraiment un beau plumage, pensai-je. Zaza trottinait, Max le fakir avait l’œil, Dali et Warhol se chamaillaient toujours. Bill était ailleurs. Le sumo gominé digérait les pieds à l’air. Gisèle pensait à ses vocalises. Laureen cherchait Humphrey du regard. L’aveugle miraculée n’était pas présente, ce qui suscita un dernier courroux du présentateur.
- OK ça tourne. 
- JC Satan, vous êtes interné dans cet asile et vous venez de faire un miracle. Vous venez de rendre la vue à Maria, une aveugle qui réside également dans cet établissement. Est-ce le premier miracle que vous réalisez ?
- Cette femme n’avait pas perdu la vue. C’est la société actuelle qui l’avait aveuglée.
- En tout cas Maria ne verrait pas sans vous aujourd’hui ! J’aurais aimé qu’elle fût sur ce plateau pour nous raconter son expérience, mais c’est une personne très réservée. Nous l’interviewerons plus tard. Etes-vous un charlatan ou un messie JC Satan ?
Mon maître ne répondit pas. L’assemblée murmura de satisfaction. Pour qui se prenait-il ce cake de Barbès ? Le directeur de l’asile toussota. Les infirmiers étaient sur leur garde. Les CRS devaient jouer aux cartes dans leur camion.
- JC, vous avez perdu la mémoire dans un accident. Vous avez subi une intervention chirurgicale consistant à stimuler certaines zones cérébrales vous rendant votre mémoire et votre raison. Êtes-vous aujourd’hui grâce à la science un personnage surnaturel ?
- L’homme a inventé Dieu pour se rendre humain. Car autrement on se dévorerait comme des loups ! Suis-je né dans une étable ? Ai-je fui dans le désert pour sauver ma vie ? Suis-je revenu du désert et pour faire quoi ? Regardez « Théorème » de Pasolini pour en savoir plus ! rétorqua avec véhémence mon maître cinéphile.
Les doux dingues se détendirent et tapèrent des pieds sur le béton. JC était dans le coup ! Le sumo se réveilla, Gisèle prêta l’oreille. Dans la solitude glacée de la folie, chacun était avide d’aventure mystique. Pour les uns c’était Dieu, pour d’autres c’était JC, à moins que ce ne fût du pareil au même.
- Croyez-vous en Dieu monsieur Satan ?
- On est tous un peu Dieu quelque part. « Il existe autant de religions que d'individus » a dit Ghandi. « Dieu existe, j’ai marché dedans » a dit Houellebecq. 
Les projecteurs aveuglaient JC. Il mit des lunettes noires et demanda une oreillette. La température suffocante l’empêchait de respirer. « Donnez-lui de l’air, apportez des ventilos merde » entendit-on derrière lui dans l’ombre du plateau.
- De quoi parle votre livre ? demanda le clone du Reader Digest. 
- Le héros de mon roman « AU NOM DU DIABLE, DU VICE ET DU MAUVAIS ESPRIT » est un Don Quichotte moderne en quête d’un amour absolu. Son salut en dépend, mais aussi celui du monde en général. 
- Votre écriture est violente, surprenante et terriblement réaliste, constata l’orang outan. 
- C’est une écriture crue et libertaire, répondis-je à la place de JC. Elle crée un électrochoc de boue et de rêve à l’image de la violence de notre quotidien. Elle met en pièces un univers déshumanisé en condamnant la déroute de l’amour dans le chaos social que nous avons créé. 
Des hurlements hystériques déchirèrent le brouhaha du plateau. Les pom-pom girls s’agitèrent en tous sens. Un panneau rouge s’éclaira « applaudissez ». Le public applaudit.
- Votre compagnon est un oiseau arrogant et malicieux, poursuivit le chimpanzé.
- Toucan est mon fidèle compagnon, en fait ma conscience et ma philosophie. Il me fait prendre conscience des vides affectifs et existentiels entretenus par l’illusion du bonheur matériel et de la liberté. 
 
Une cinglée évadée du zoo voulut empêcher JC de s’exprimer au nom d’un syndicat de féministes écolos, s’insurgeant contre son obsession à ne tuer que des femmes. La gothique, en mini-jupe à ras des fesses et cuissardes de motardes, du sang sur le bras, un mouchoir noué sur la plaie, tatouée de croix noires sur le corps, bondit sur le plateau pour agresser mon maitre. Toutes ailes déployées j’étais prêt à intervenir. Tout de noir vêtue, chemisier entrouvert, une lame de rasoir en pendentif, des piercings dans les paupières, les narines et les bouts de sein elle se débattait à coup de bottes et de poings contre la sécurité. Les infirmiers neutralisèrent la déséquilibrée et appelèrent les policiers.
- Finalement votre héros est sauvé par sa poésie
- Sa poésie est son imagerie émotionnelle qui lui apprend à « donner » et ainsi à créer une fibre humaine. C’est la vraie communication que de faire briller l’imaginaire de l’autre. 
Le panneau rouge s’éclaira « applaudissez ». Le public applaudit. La givroïde beuglait encore comme une hyène violée. Elle arriva à se libérer et se jeta sur le plateau. Elle asséna un jab à JC qui aurait pu le mettre KO pour le compte. Heureusement elle rata son coup. Je me précipitai sur son visage et lui arrachai les yeux. Les CRS nous séparèrent. La joue de JC saignait écorchée par les faux ongles de l’hystérique. Les blondes fondirent de plaisir, les pom-poms étaient en folie. Puis tout le monde reprit son calme. On put reprendre l’interview malgré la peur de l’animateur terrorisé !
- Quel message aimeriez-vous faire passer ?
- On veut nous faire croire au bonheur matériel, mais c’est un leurre.  L’argent est la plus séduisante des impostures et le pire des serial killers. On nous encourage à prendre plutôt qu’à donner en nous renvoyant une image de prédateur sans « sans foi ni loi », les autres n’existant que par ce qu’on peut leur prendre. La seule valeur est le Dieu Argent pour qui le titre du livre est consacré. L’argent nous mène au pire.
Le panneau rouge s’éclaira « applaudissez ». Elévation brutale de la bronca sur le plateau. « Du sang, du sang, du sang » scandaient les cuisinières du réfectoire. Les cris s’intensifièrent en coulisses. Peut-être la police évacuait-elle l’amazone en pièces détachées alors que les pompiers voulaient la récupérer en puzzle ? On apporta des compresses et de l’eau oxygénée pour les éraflures de JC. Les doux dingues grondaient. La script blonde traversa le plateau en ondulant des fesses, la casquette blanche vissée sur le côté afin de rassurer tout le monde.
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