La parade "Sleeveface"

Le "sleeveface" ? Traduisez « Tête de pochette » ! Cette mode qui consiste à prendre la pose en superposant un vinyle sur un visage ou un paysage dans un principe de continuité visuelle. Il est partout sur la Toile, sur les réseaux sociaux, les blogs ou les magazines. Portrait d’un phénomène aux multiples visages.

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Un art antique revisité

Lors d’une soirée, deux DJ Gallois, John Rostron et Carl Morris, attrapent deux jaquettes de 33 tours à l’effigie respectivement de Paul McCartney et Ted Nugent, se les collent devant le visage et prennent la pose devant l’objectif d’un appareil photo : le sleeveface était né ! Une sorte de photomontage pour les nuls, mais pas si nuls que cela, devenu un véritable courant artistique. Rostron et Morris ont d'ailleurs sorti un livre au titre éponyme du phénomène : "sleeveface".

Le visage : c’est lui essentiellement qui est l’objet de tous les subterfuges, de toutes les illusions. On interchange le sien avec celui qui s’affiche sur la jaquette du vinyle, à moins que ce ne soit juste une oreille, des yeux, une perruque etc. Et voilà le portrait – l’autoportrait ? - du XXIème siècle inventé. Loin d'être un simple phénomène de mode, cette pratique initie un nouvel art évoquant étrangement celui des Romains de l'Antiquité qui conservaient le visage de leurs ancêtres sous forme de masques de cire, et s'en voilaient la face lors de cérémonies funéraires.

L'ancêtre du CD, le "33 tours", ressort donc de son placard pour garnir la tête des nouveaux adeptes de l'art transformable. Les vieilles pochettes rétro, le plus souvent originales, décalées, parfois somptueuses, coïncident avec des décors improbables, le tout figurant une sorte de cadavre exquis « réaliste » qui plonge parfois le spectateur dans des abîmes de perplexité amusée. Véritable trompe-l'œil photogénique, le sleeveface tisse sa Toile cybernétique à une vitesse éclair. Des greffes en série s'accumulent sur le Net - montages fou, grotesques ou sublimes, tout est bon -, les rétro-disques dans des modernes-décors rivalisent d'imagination conceptuelle.